Paroisse catholique Saint Joseph Artisan Paris


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16 décembre 2008
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EGLISE SAINT JOSEPH ARTISAN


Je vous invite à découvrir une église bien peu connue des parisiens. Cette édifice religieux caché aux yeux de tous est invisible de la rue !!! Il faut franchir le porche du 214 de la rue La Fayette, traverser un couloir pour enfin arriver dans une cour où se dresse l'imposante église Saint Joseph Artisan. Son histoire est passionnante, comme vous allez le découvrir .

A partir de 1848, des Jésuites Allemands cherchent à regrouper les émigrés de langue allemande travaillant sur les chantiers de Paris. Ils créent avec eux une chapelle en bois, une école de garçons tenue par les Frères des écoles chrétiennes, une école de filles tenue par les sœurs de Saint Charles de Nancy. Une église en pierre Saint Joseph des Allemands remplace en 1866 la petite chapelle. En 1867, l'empereur François Joseph s'arrête à la mission et lui fait don de vitraux : Saint François, Saint Joseph et Sainte Elisabeth (patronne de son épouse). Les congrégations mariales offrent d'autres verrières et l'orgue (aujourd'hui Orgue Gonzales de 1966). Avec la guerre de 1870, la communauté est dispersée. En 1871 l'église est bombardée et les verrières sont brisées.

En 1872 les Alsaciens, les Lorrains ainsi que les Luxembourgeois fuient l'occupation prussienne de leur territoire. Beaucoup d'entre eux émigrent au Nord de la capitale (XIXe arrondissement, Aubervilliers et Pantin plus particulièrement). Ils se réunissent dans cette église où l'on parle leur langue. Ils sont accueillis en particulier par le Frère Alpert. Les verrières brisées sont remplacées, des statues de Joseph et de Marie ornent les autels.
Le Frère Alpert (de son vrai nom Chrétien Motsch) est né à Eywiller, près de Saverne dans le Bas-Rhin, le 26 mai 1849 d'une famille nombreuse chrétienne. En 1864 il entre au Noviciat à la Maison Mère des Frères des Ecoles Chrétiennes rue Oudinot à Paris, deux mois plus tard il reçoit avec l'habit religieux, le nom de Frère Alpert. Le 10 septembre 1865 il est envoyé à l'Ecole St Joseph, rue La Fayette, pour enseigner en français et en allemand aux jeunes garçons de la mission St Joseph des Allemands fondée par les Pères Jésuites pour les émigrés pauvres. Pendant la guerre de 1870 il soigne les blessés sur les champs de bataille, il y contractera une ataxie locomotrice évolutive suite à une grave furonculose. Enseignant et éducateur apprécié, il se révèle surtout comme apôtre du catéchisme et formateur spirituel des jeunes. Le 11 septembre 1879 il est nommé Directeur de l'Ecole St Joseph, devenue mission des Alsaciens-Lorrains. Il développe le patronage des jeunes gens et crée une section florissante de l'Association St-Labre et inaugure les nuits d'adoration au Sacré Cœur de Montmartre. Son état de santé se détériore de plus en plus, le 15 juin 1896 il est admis à l'infirmerie de la Maison Mère où il décède le 6 avril 1898. Il sera béatifié le 11 avril 1995 par le Pape Jean-Paul II. En 1998 à l'occasion du centenaire de sa mort, ses restes ont été transférés du cimetière de Bagneux dans l'église Saint Joseph Artisan de la rue La Fayette.

En 1880, les lois de Jules Ferry prennent les écoles, les jésuites ne peuvent que desservir la chapelle. De 1897 à 1900 le Père jésuite Adolphe Vasseur orne l'église de peintures murales illustrant la vie de Saint Joseph, et l'épopée des jésuites dans le monde. En 1907, les biens de la mission sont vendus. Le Prince Maxe de Saxe en rachète une partie. En 1914, la mission est mise sous séquestre comme "bien allemand", mais le culte continue. Une ambulance y est même installée, elle fonctionnera jusqu'en 1919.
En 1924 les biens sont restitués au Prince Max de Saxe, et la mission devient "
Mission des Luxembourgeois et étrangers de langue allemande". Les jésuites quitteront la Mission et seront remplacés par les prêtres du Sacré Cœur de Saint Quentin. Deux prêtres du Sacré Cœur de Saint Quentin s'illustreront pendant la seconde guerre mondiale. Le Père Stoeffels qui mourra en déportation à Dachau en 1942 et l'abbé Franz Stock.
Franz Stock fut aumônier allemand des prisons de Paris pendant la guerre, il est chargé par les autorités militaires allemandes de prendre soin des détenus, de préparer et accompagner les condamnés à mort jusqu'au Mont Valérien, lieu de leur supplice. Lorsque le Général de Gaulle entre dans Paris le 25 août 1944, l'abbé Stock se trouve à l'hôpital de la Pitié avec plus de 600 soldats allemands blessés et intransportables. Quand les américains prennent en charge l'hôpital il devient prisonnier de guerre. Il sera transféré dans le grand camp de prisonniers de guerre de Cherbourg. On envisage la fondation d'un séminaire pour les théologiens allemands prisonniers à Orléans. On demande à l'abbé Stock de diriger la formation spirituelle des séminaristes allemands.

Le 17 aôut 1945 le "Séminaire des Barbelés" est transféré au Coudray près de Chartres. Il sera nommé Supérieur du séminaire des prisonniers de Chartres. Il recevra en 1945 la visite du nonce apostolique de Paris Mgr Roncalli, futur Pape Jean XXIII. Le "Séminaire des Barbelés" sera fermé le 5 juin 194 . Cette même année l'abbé Stock est nommé "docteur honoris causa" par l'université de Fribourg-en-Bissau. Il décède subitement le 24 Février à l'hôpital Cochin à Paris, il n'avait pas encore 44 ans. Ses obsèques ont lieu en l'église Saint-Jacques du Haut Pas, c'est Mgr Roncalli qui lui donnera l'absoute. Il est enterré pitoyablement au cimetière parisien de Thiais. Seulement une dizaine de personnes suivent le cercueil. Le 13 juin 1963 une cérémonie commémorative publique à lieu au dôme des Invalides, son corps est exhumé au cimetière de Thiais. Après la ratification, le 14 juin 1963, du contrat d'amitié franco-allemande, son cercueil reste exposé jusqu'au 16 juin 1963 aux Invalides. Il est finalement inhumé en l'église Saint Jean-Baptiste de Rechèvres à Chartres. Le nom de "Place de l'Abbé Franz Stock" est donné à l'esplanade devant le mémorial de la Résistance au Mont-Valérien.

En 1958 après le départ du dernier aumônier luxembourgeois, le diocèse récupère les locaux et crée ainsi la paroisse Saint Joseph Artisan. Les prêtres du Sacré Cœur de Saint Quentin s'en vont en 1991 et sont remplacés par des prêtres diocésains.
Enfin en 2004 une série de vitraux des ateliers de Loir vient ajouter une note de modernité à cette église chargée d'histoire que je vous conseille vivement de visiter.

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